19/07/2013

PAPE MALICK SAKHO GARDIEN DE BUTS


CHELSEA EN LIGNE DE MIRE

Le numéro un de l’équipe réserve de l’institut décline des ambitions difficiles, mais à sa portée. Portrait.

Comme une quille rouge qui attend la boule de bowling qui va la faucher, un garçon élancé occupe bien les 7 mètres 32 de cage, sur la pelouse synthétique de football. Pape Malick Sakho n’est pas manchot pour autant. Loin s’en faut. Et il n’a pas froid aux yeux, non plus. Il lorgne tout simplement le fauteuil, ou plutôt les buts, de son modèle et idole tchèque Petr Cech. Le portier de la réserve de l’institut Diambars, est obsédé par le club londonien de Chelsea : « La perspective d’y jouer éventuellement, si Dieu le veut, me motive chaque jour davantage. J’aimerais y évoluer car c’est le club de mes rêves ».  Un souhait qui résume la sourde détermination de ce goalkeeper longiligne. Avec ses faux-airs de bugs bunny, Pape Malick a de l’allant. Les traits réguliers de son visage poupin sont transfigurés un peu plus, à chaque fois qu’il se fend d’un sourire. Une tête bien faite qui gagnerait sans ses cheveux hirsutes.

Cadet d’une fratrie de trois enfants, sa venue à Diambars en 2007 de l’enfant de Sacré-Cœur 3  est le fruit d’un très heureux concours de circonstances. C’est d’ailleurs avec un sourire amusé qu’il raconte cet épisode de sa jeune vie: « A mes 12 ans, mon père m’a amené à Guinguinéo pour me punir de mes mauvais résultats scolaires. J’’y  ai intégré l’école de football, j’ai fait les tests de présélection de Diambars. Puis, j’ai eu la chance d’être reçu ». Des prestations encourageantes poussent la tutelle à le surclasser dans la promotion précédente, chez les 92 (il est né en 1993). Sa douce voix calme résonne dans le tranquille appartement 44 de l’aile d’habitation du centre.  On aurait du mal à croire qu’elle appartient à un gabarit aussi imposant. Un sourire juvénile et systématique ponctue ses déclarations innocentes et trahit ses 19 printemps.

Le rejeton d’une couturière et d’un ancien agent de l’Onas (Office national de l’assainissement du Sénégal) « aime croquer la vie à pleines dents. Il est un très grand bosseur quoiqu’un peu trop taquin» souligne Abou Mbacké Thiam son camarade de chambre. Lui-même ne cache pas son attirance pour les « belles meufs ». Optimiste et confiant en l’avenir, ainsi qu’on peut l’être à cet âge, le Diambar ne se refuse « rien ». Habillement in, le portier raffole des tendances à la mode. Vêtements moulants, et pantalons slim ultra serrés qui raviraient la vedette aux personnages de Sergio Leone constituent sa garde-robe. Le 7e art et ses classiques, cependant ne l’intéressent pas trop. L’épicurien arrive toutefois à trouver une ligne d’équilibre entre son goût pour les contingences matérielles, et sa foi musulmane et mouride. Il se fixe comme mission première de réussir dans le sport. « Pour aider mes parents en reconnaissance de tout ce qu’ils ont fait pour moi ». confie-t-il.

Le football, devenu foot business par la magie de l’argent et des médias, laisse l’apprenti-gardien un peu perplexe. Pour lui, la fin, au foot, ne justifie pas tous les moyens. Le dopage et les paris ? Hors de question ! C’est avec un sérieux insoupçonné qu’il raconte la désolante histoire d’« Un joueur sénégalais du FC Thoune (Club suisse) exclu à vie par la Fifa à cause d’un match truqué. Des bookmakers l’ont approché avec 7 000 euros pour qu’il ne se donne pas à fond. Son équipe a perdu et l’affaire a éclaté au grand jour. Il a été condamné à trois mois de prison ferme, expulsé, interdit d’accès en Suisse et dans tout l’espace Schengen ». Une mésaventure que le principal concerné est venu lui-même leur raconter afin de leur ouvrir les yeux sur les embûches du monde sportif professionnel. Mais : « le futur portier de l’équipe nationale » est un dernier rempart sûr. Il n’aime pas la triche.


OUSMANE L. DIOP

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