CHELSEA
EN LIGNE DE MIRE
Le
numéro un de l’équipe réserve de l’institut décline des ambitions difficiles,
mais à sa portée. Portrait.
Comme une quille rouge qui attend la boule de
bowling qui va la faucher, un garçon élancé occupe bien les 7 mètres 32 de cage,
sur la pelouse synthétique de football. Pape Malick Sakho n’est pas manchot
pour autant. Loin s’en faut. Et il n’a pas froid aux yeux, non plus. Il lorgne
tout simplement le fauteuil, ou plutôt les buts, de son modèle et idole tchèque
Petr Cech. Le portier de la réserve de l’institut Diambars, est obsédé par le
club londonien de Chelsea : « La
perspective d’y jouer éventuellement, si Dieu le veut, me motive chaque jour
davantage. J’aimerais y évoluer car c’est le club de mes rêves ». Un souhait qui résume la sourde détermination
de ce goalkeeper longiligne. Avec ses faux-airs de bugs bunny, Pape Malick a de l’allant. Les traits réguliers de son visage poupin sont transfigurés un peu
plus, à chaque fois qu’il se fend d’un sourire. Une tête bien faite qui
gagnerait sans ses cheveux hirsutes.
Cadet d’une fratrie de trois enfants, sa venue à Diambars en 2007 de l’enfant de
Sacré-Cœur 3 est le fruit d’un très
heureux concours de circonstances. C’est d’ailleurs avec un sourire amusé qu’il
raconte cet épisode de sa jeune vie: « A
mes 12 ans, mon père m’a amené à Guinguinéo pour me punir de mes mauvais
résultats scolaires. J’’y ai intégré l’école de football, j’ai fait les
tests de présélection de Diambars. Puis, j’ai eu la chance d’être reçu ».
Des prestations encourageantes poussent la tutelle à le surclasser dans la
promotion précédente, chez les 92 (il est né en 1993). Sa douce voix calme
résonne dans le tranquille appartement 44 de l’aile d’habitation du
centre. On aurait du mal à croire
qu’elle appartient à un gabarit aussi imposant. Un sourire juvénile et
systématique ponctue ses déclarations innocentes et trahit ses 19 printemps.
Le rejeton d’une couturière et d’un ancien agent de
l’Onas (Office national de l’assainissement du Sénégal) « aime croquer la vie à pleines dents. Il est un très grand
bosseur quoiqu’un peu trop taquin» souligne Abou Mbacké Thiam son
camarade de chambre. Lui-même ne cache pas son attirance pour les « belles meufs ». Optimiste et
confiant en l’avenir, ainsi qu’on peut l’être à cet âge, le Diambar ne se refuse « rien ». Habillement in, le portier raffole des tendances à la mode. Vêtements moulants,
et pantalons slim ultra serrés qui
raviraient la vedette aux personnages de Sergio Leone constituent sa garde-robe.
Le 7e art et ses classiques, cependant ne l’intéressent pas trop. L’épicurien arrive toutefois à trouver
une ligne d’équilibre entre son goût pour les contingences matérielles, et sa foi
musulmane et mouride. Il se fixe comme mission première de réussir dans le sport.
« Pour aider mes parents en
reconnaissance de tout ce qu’ils ont fait pour moi ». confie-t-il.
Le football, devenu foot business par la magie de l’argent et des médias, laisse
l’apprenti-gardien un peu perplexe. Pour lui, la fin, au foot, ne justifie pas
tous les moyens. Le dopage et les paris ? Hors de question ! C’est
avec un sérieux insoupçonné qu’il raconte la désolante histoire d’« Un joueur sénégalais du FC Thoune (Club
suisse) exclu à vie par la Fifa à cause
d’un match truqué. Des bookmakers l’ont approché avec 7 000 euros pour qu’il ne
se donne pas à fond. Son équipe a perdu et l’affaire a éclaté au grand jour. Il
a été condamné à trois mois de prison ferme, expulsé, interdit d’accès en
Suisse et dans tout l’espace Schengen ». Une mésaventure que le
principal concerné est venu lui-même leur raconter afin de leur ouvrir les yeux
sur les embûches du monde sportif professionnel. Mais : « le futur portier de l’équipe nationale »
est un dernier rempart sûr. Il n’aime pas la triche.
OUSMANE
L. DIOP
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