UNE JOURNÉE A DEUX RYTHMES
On jongle d’abord avec
les maths ou la philosophie. On pourra ensuite courir derrière le ballon. Il
n’y donc pas de place à l’improvisation dans la formation d’un futur
« pro » du foot.
Les
études d’abord
Pour étonnant que cela
paraisse, les footballeurs en devenir, passent plus de temps sur les
tables-bancs que sur le gazon synthétique.
A Diambars, les effectifs ne
sont pas pléthoriques. Dans l’unique et spacieuse classe de 1ère L,
l’ambiance est calfeutrée. Sur les pupitres, seulement huit élèves. Sages comme
des disciples face à leur prof de philo. La plupart sont de l’équipe junior du
centre. Ils ont tous troqué leur habituelle tenue d’entrainement contre des
tee-shirts, et sandales du même équipementier. Une disposition du règlement
intérieur. La philosophie est déjà au programme : « C’est tout simplement une initiation, dit
le professeur, ils n’ont que deux heures.
En terminale ils devraient faire huit heures», affirme M. Diallo, le
professeur. Diambars a pris les
devants pour préparer ses futurs candidats au baccalauréat. Journée continue de
8 à 13 heures 30. Les mardis ou mercredis les cours démarrent à 9 heures à
cause des entraînements Et, exceptionnellement, des séances de rattrapage de
20 heures 30 à 22 heures après un match. Pape Malick Sakho est le gardien de
l’équipe réserve. Sur la table de
l’enseignant, il présente une fiche de lecture verte. Après quelques remarques
du prof, il retourne gribouiller quelques phrases sur sa feuille. L’enseignant,
professant également au lycée Demba Diop, confie de sa voie grave :
« Ici, nous pouvons à tout moment
jauger du niveau réel de l’élève. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour
lesquelles le centre à de bons résultats scolaires. Les élèves régulièrement
évalués deviennent plus performant s». Ces derniers ne trouvent pas
cette instruction superflue. Mais ils ne cachent pas non plus leur préférence
pour le football. Abdou Mbacké Thiam trouve que « l’enseignement est une garantie en cas d’échec, mais, dit-il Je n’envisage
même pas une telle éventualité. Ma seule passion, c’est réussir ou réussir dans
le foot ». Une vérité un peu
décevante pour le professeur. Avec beaucoup de philosophie, il déclare : «
Cela fait mal de savoir que certains
accordent plus d’importance au sport, mais je me console en me disant que j’ai
contribué, un tant soit peu, à leur inculquer au moins une notion. ».
Le
sport, roi
L’après-midi est
certainement le moment le plus animé à Diambars.
Les entrainements qui y ont lieu entre 17 et 19 heures, du lundi au vendredi, brisent
l’accalmie d’une journée bien ordonnée. Les mines sont enjouées. Sur les quatre
terrains synthétiques, des chahuts fusent de partout entre joueurs : « C’est tout à fait normal de nous taquiner.
Quand les choses sérieuses commenceront nous n’aurons pas le temps »,
ironise Pape Malick. Sa tunique rouge de portier, floqué du numéro 26, diffère
des maillots bleus de ses coéquipiers. Sur la dalle qui sert de banc de touche
autour de la pelouse, les « footeux »
lacent leurs crampons. Puis, ils se jettent comme des affamés sur un tas de
ballons.. Au coup de sifflet strident du préparateur, ils forment un peloton. Après
quelques directives du superviseur, ils galopent sur la longueur du terrain, et
trottent sur sa largeur. L’entrain est beaucoup plus palpable que le matin en
salle de classe. Macky Diop, jeune et longiligne
attaquant des juniors, déclare à ce propos : « La tutelle a bien compris que pour motiver les joueurs, surtout pour
l’école, il faut juste les priver d’entrainement ou de matches de
compétition ». Deux heures de pratiques tous les après midi, weekend
exclu, et, éventuellement, les mardis ou
mercredis matin, sont au menu du
planning d’entrainement.
Logique
de l’équilibre
Avant et après les salles
de classes et l’enjouement sur les terrains, la restauration constitue une
point important de l’emploi du temps. Aux aurores, sonnerie stridente a déchiré
le silence. La troisième, signifiant aux footballeurs du centre qu’il est temps
de s’arracher des couettes moelleuses. Par groupes de deux ou trois, ils se
dirigent vers la grande salle à manger après la demi-heure de toilette
habituelle avant 7 heures. Les cours terminés, le Diambar retourne à la
cantine pour un déjeuner bien consistant. Ils ne disposent que de trente
minutes pour bien bouffer et faire la sieste. Un repos obligatoire qui va de 14
heures à 16 heures 30 : « Il y a des gens désignés pour
surveiller l’effectivité de la mesure, souffle Pape Malick, mais le plus important c’est que nous restions consignés dans les
chambres ». Une détente forcée qui n’entame en rien l’ardeur des
pensionnaires pour les séances d’entrainement de l’après-midi. La journée,
entamée au restaurant, s’y termine également : « Dîner à 20 heures explique le portier; une heure de décalage si l’équipe première reçoit un
adversaire ; et dessert à 22 heures. Puis dodo »
OUSMANE.
L. DIOP