19/07/2013

INSTITUT DIAMBARS

UNE JOURNÉE A DEUX RYTHMES

On jongle d’abord avec les maths ou la philosophie. On pourra ensuite courir derrière le ballon. Il n’y donc pas de place à l’improvisation dans la formation d’un futur « pro » du foot.

Les études d’abord
Pour étonnant que cela paraisse, les footballeurs en devenir, passent plus de temps sur les tables-bancs que sur le gazon synthétique.  A Diambars, les effectifs ne sont pas pléthoriques. Dans l’unique et spacieuse classe de 1ère L, l’ambiance est calfeutrée. Sur les pupitres, seulement huit élèves. Sages comme des disciples face à leur prof de philo. La plupart sont de l’équipe junior du centre. Ils ont tous troqué leur habituelle tenue d’entrainement contre des tee-shirts, et sandales du même équipementier. Une disposition du règlement intérieur. La philosophie est déjà au programme : « C’est tout simplement une initiation, dit le professeur, ils n’ont que deux heures. En terminale ils devraient faire huit heures», affirme M. Diallo, le professeur. Diambars a pris les devants pour préparer ses futurs candidats au baccalauréat. Journée continue de 8 à 13 heures 30. Les mardis ou mercredis les cours démarrent à 9 heures à cause des entraînements  Et, exceptionnellement, des séances de rattrapage de 20 heures 30 à 22 heures après un match. Pape Malick Sakho est le gardien de l’équipe réserve.  Sur la table de l’enseignant, il présente une fiche de lecture verte. Après quelques remarques du prof, il retourne gribouiller quelques phrases sur sa feuille. L’enseignant, professant également au lycée Demba Diop, confie de sa voie grave : « Ici, nous pouvons à tout moment jauger du niveau réel de l’élève. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le centre à de bons résultats scolaires. Les élèves régulièrement évalués deviennent plus performant s». Ces derniers ne trouvent pas cette instruction superflue. Mais ils ne cachent pas non plus leur préférence pour le football. Abdou Mbacké Thiam trouve que « l’enseignement est une garantie en cas d’échec, mais, dit-il Je n’envisage même pas une telle éventualité. Ma seule passion, c’est réussir ou réussir dans le foot ».  Une vérité un peu décevante pour le professeur. Avec beaucoup de philosophie, il déclare : «  Cela fait mal de savoir que certains accordent plus d’importance au sport, mais je me console en me disant que j’ai contribué, un tant soit peu, à leur inculquer au moins une notion. ».


Le sport, roi
L’après-midi est certainement le moment le plus animé à Diambars. Les entrainements qui y ont lieu entre 17 et 19 heures, du lundi au vendredi, brisent l’accalmie d’une journée bien ordonnée. Les mines sont enjouées. Sur les quatre terrains synthétiques, des chahuts fusent de partout entre joueurs : « C’est tout à fait normal de nous taquiner. Quand les choses sérieuses commenceront nous n’aurons pas le temps », ironise Pape Malick. Sa tunique rouge de portier, floqué du numéro 26, diffère des maillots bleus de ses coéquipiers. Sur la dalle qui sert de banc de touche autour de la pelouse, les « footeux » lacent leurs crampons. Puis, ils se jettent comme des affamés sur un tas de ballons.. Au coup de sifflet strident du préparateur, ils forment un peloton. Après quelques directives du superviseur, ils galopent sur la longueur du terrain, et trottent sur sa largeur. L’entrain est beaucoup plus palpable que le matin en salle de classe. Macky Diop,  jeune et longiligne attaquant des juniors, déclare à ce propos : « La tutelle a bien compris que pour motiver les joueurs, surtout pour l’école, il faut juste les priver d’entrainement ou de matches de compétition ». Deux heures de pratiques tous les après midi, weekend exclu, et, éventuellement,  les mardis ou  mercredis matin, sont au menu du planning d’entrainement.


Logique de l’équilibre
Avant et après les salles de classes et l’enjouement sur les terrains, la restauration constitue une point important de l’emploi du temps. Aux aurores, sonnerie stridente a déchiré le silence. La troisième, signifiant aux footballeurs du centre qu’il est temps de s’arracher des couettes moelleuses. Par groupes de deux ou trois, ils se dirigent vers la grande salle à manger après la demi-heure de toilette habituelle avant 7 heures. Les cours terminés, le Diambar retourne à la cantine pour un déjeuner bien consistant. Ils ne disposent que de trente minutes pour bien bouffer et faire la sieste. Un repos obligatoire qui va de 14 heures à 16 heures 30 : « Il y a des gens désignés pour surveiller l’effectivité de la mesure, souffle Pape Malick, mais le plus important  c’est que nous restions consignés dans les chambres ». Une détente forcée qui n’entame en rien l’ardeur des pensionnaires pour les séances d’entrainement de l’après-midi. La journée, entamée au restaurant, s’y termine également : « Dîner à 20 heures explique le portier; une heure de décalage si l’équipe première reçoit un adversaire ; et  dessert  à 22 heures. Puis dodo »
OUSMANE. L. DIOP


PAPE MALICK SAKHO GARDIEN DE BUTS


CHELSEA EN LIGNE DE MIRE

Le numéro un de l’équipe réserve de l’institut décline des ambitions difficiles, mais à sa portée. Portrait.

Comme une quille rouge qui attend la boule de bowling qui va la faucher, un garçon élancé occupe bien les 7 mètres 32 de cage, sur la pelouse synthétique de football. Pape Malick Sakho n’est pas manchot pour autant. Loin s’en faut. Et il n’a pas froid aux yeux, non plus. Il lorgne tout simplement le fauteuil, ou plutôt les buts, de son modèle et idole tchèque Petr Cech. Le portier de la réserve de l’institut Diambars, est obsédé par le club londonien de Chelsea : « La perspective d’y jouer éventuellement, si Dieu le veut, me motive chaque jour davantage. J’aimerais y évoluer car c’est le club de mes rêves ».  Un souhait qui résume la sourde détermination de ce goalkeeper longiligne. Avec ses faux-airs de bugs bunny, Pape Malick a de l’allant. Les traits réguliers de son visage poupin sont transfigurés un peu plus, à chaque fois qu’il se fend d’un sourire. Une tête bien faite qui gagnerait sans ses cheveux hirsutes.

Cadet d’une fratrie de trois enfants, sa venue à Diambars en 2007 de l’enfant de Sacré-Cœur 3  est le fruit d’un très heureux concours de circonstances. C’est d’ailleurs avec un sourire amusé qu’il raconte cet épisode de sa jeune vie: « A mes 12 ans, mon père m’a amené à Guinguinéo pour me punir de mes mauvais résultats scolaires. J’’y  ai intégré l’école de football, j’ai fait les tests de présélection de Diambars. Puis, j’ai eu la chance d’être reçu ». Des prestations encourageantes poussent la tutelle à le surclasser dans la promotion précédente, chez les 92 (il est né en 1993). Sa douce voix calme résonne dans le tranquille appartement 44 de l’aile d’habitation du centre.  On aurait du mal à croire qu’elle appartient à un gabarit aussi imposant. Un sourire juvénile et systématique ponctue ses déclarations innocentes et trahit ses 19 printemps.

Le rejeton d’une couturière et d’un ancien agent de l’Onas (Office national de l’assainissement du Sénégal) « aime croquer la vie à pleines dents. Il est un très grand bosseur quoiqu’un peu trop taquin» souligne Abou Mbacké Thiam son camarade de chambre. Lui-même ne cache pas son attirance pour les « belles meufs ». Optimiste et confiant en l’avenir, ainsi qu’on peut l’être à cet âge, le Diambar ne se refuse « rien ». Habillement in, le portier raffole des tendances à la mode. Vêtements moulants, et pantalons slim ultra serrés qui raviraient la vedette aux personnages de Sergio Leone constituent sa garde-robe. Le 7e art et ses classiques, cependant ne l’intéressent pas trop. L’épicurien arrive toutefois à trouver une ligne d’équilibre entre son goût pour les contingences matérielles, et sa foi musulmane et mouride. Il se fixe comme mission première de réussir dans le sport. « Pour aider mes parents en reconnaissance de tout ce qu’ils ont fait pour moi ». confie-t-il.

Le football, devenu foot business par la magie de l’argent et des médias, laisse l’apprenti-gardien un peu perplexe. Pour lui, la fin, au foot, ne justifie pas tous les moyens. Le dopage et les paris ? Hors de question ! C’est avec un sérieux insoupçonné qu’il raconte la désolante histoire d’« Un joueur sénégalais du FC Thoune (Club suisse) exclu à vie par la Fifa à cause d’un match truqué. Des bookmakers l’ont approché avec 7 000 euros pour qu’il ne se donne pas à fond. Son équipe a perdu et l’affaire a éclaté au grand jour. Il a été condamné à trois mois de prison ferme, expulsé, interdit d’accès en Suisse et dans tout l’espace Schengen ». Une mésaventure que le principal concerné est venu lui-même leur raconter afin de leur ouvrir les yeux sur les embûches du monde sportif professionnel. Mais : « le futur portier de l’équipe nationale » est un dernier rempart sûr. Il n’aime pas la triche.


OUSMANE L. DIOP