" Tey " (Aujourd'hui en wolof). Un présent qui plonge dans un passé nostalgique et dessine un futur optimiste. Un étalon d'or et un autre de bronze, tous deux du Yennenga annoncent la couleur. Un double triomphe qui annonce la renaissance du 7ème art sénégalais.
Consécrations multiples
Deux Sénégalais sur un podium L'image est plutôt courante avec les longilignes athlètes Kényans. Alain Gomis et Moussa Touré ont réussi cette prouesse pour le Pays de la Téranga. Ils ont remporté respectivement, l’Étalon d'or et l’Étalon de bronze du Yennenga, dimanche à Ouagadougou. C'était en marge de la cérémonie de clôture du Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (Fespaco). Ce couronnement continental démontre la haute facture cinématographique de leurs productions.
La trame de " Tey "est assez originale. elle raconte l'ultime journée de Satché ( Saul Williams) qui se remémore son vécu. Et ce n'était pas forcément bien parti pour le réalisateur, Alain Gomis. Dans une interview, trois jours avant son sacre, il s'est dit dubitatif quand à l'issue des résultats. Préparation mentale à un futur échec ou fausse modestie ? C'est finalement son oeuvre, d'inspiration métaphysique, qui dame le pion à des productions " réalistes " beaucoup plus expressives des problématiques actuelles comme le terrorisme (Les chevaux de Dieu); La femme (Yema) ; ou l'immigration clandestine (La pirogue).
En marge du palmarès officiel, le Sénégal a reçu beaucoup d'accessits, dont celui du troisième meilleur documentaire décerné à Ousmane William M'baye (Le Président Dia). Au total les cinéastes sénégalais glanent 11 titres. Un motif de satisfaction énorme.
Saisir la balle au bond
A partir de " Tey ", le cinéma sénégalais est à un tournant décisif. Sans vouloir anéantir toute la production antérieure, cette oeuvre redonne un souffle nouveau à un 7ème art sur les rotules. Une pluie de distinctions qui interpelle forcément les pouvoirs publics. D'abord en finir avec cette avec cette instabilité au ministère de la culture. Un véritable bouche-trou institutionnel où près de dix personnes s'y sont succédées ...en dix ans. Ensuite, il va falloir définir un véritable programme sectoriel de développement pour la culture, avec le cinéma comme pierre angulaire. Enfin promouvoir ce qu'il sied d'appeler " le patriotisme culturel " auprès du public en imposant un quota de films des producteurs locaux et/ou africains aux chaînes de télévisions (privées) si nécessaire. L'heureux réalisateur ne s'y trompe pas " Ce prix doit servir à remettre le cinéma sénégalais sur les rails ". Les réactions d'euphorie se succèdent, surtout de la part des politiques. Une fois l'excitation retombée, il faudra bien s'y mettre pour perpétuer durablement la flamme d'espoir que viennent d'allumer cette génération spontanée de cinéastes. En 2002 aussi, une génération spontanée de footballeurs sénégalais avaient séduit tout le monde. Pour mourir de sa belle mort. Mais ça c'était avant. Parlons de " Tey" .
Usmaan Joop
photo de xalimasn.com
